Différences entre l’équipe médicale et la Doula

Attends, gynéco, sage-femme et maintenant doula, mais qui fait quoi ?!

Parce que le métier de doula est encore assez méconnue en France, il est important de clarifier notre positionnement, notre éthique, les bénéfices, bienfaits et limites de notre rôle.

Partout dans le monde, il y a deux familles de professionnels médicaux pour suivre un accouchement : sage-femme et gynécologue-obstétricien.ne. Malheureusement comme le témoignent ces professionnels eux-mêmes, le manque d’effectif et les contraintes du système hospitalier ne leur permettent pas de jouer le rôle de soutien émotionnel et physique qui est aussi nécessaire pour les parents.

CE QU’ON NE FAIT PAS

  • En tant que doula, je ne fais aucun geste médical : pas d’examens du col de l’utérus, de touché vaginal, je ne délivre pas bébé, ne fait pas de monitoring, … ça c’est le rôle du pro de santé.
  • Je ne donne pas de conseils médicaux, ni ne diagnostic une condition, ça c’est le pro de santé.
  • Je travaille toujours en complément du suivi médical choisi. Je refuse personnellement d’accompagner une famille qui souhaite un accouchement non médicalement assisté ou accouchement non assisté (ANA).

CE QU’ON FAIT

Je suis présente exclusivement pour l’unique cliente que je soutiens sur cette période, ce qui n’est pas possible pour le pro de santé. qui suit de nombreuses patientes en même temps.

Je suis le seul lien continue. Je suis présente depuis le début du travail quand on est encore à la maison jusqu’à la fin, quand bébé est en peau à peau contre maman et aussi de retour au domicile. Le pro de santé est souvent là pour un shift de 7 ou 8 heures et ensuite l’équipe change donc la famille sera suivie par différentes sage-femmes* au fur et à mesure du travail. L’obstétricien.ne n’intervient quent à lui qu’en cas de complications ou lors de la deuxième phase du travail : la naissance du bébé. Et le plus long du travail c’est généralement avant!

*sauf bien sur, en cas de suivi par une sage-femme libérale en plateau technique ou en maison de naissance mais qui sont encore des options rares en France.

Je reste présente comme ancrage pour les deux parents pendant tout l’accouchement. De part le nombre de patientes (souvent 5 à 8 en même temps), le pro de santé rentre et sort de la chambre et ne peut offrir une continuité dans le processus, laissant le conjoint.e comme seul référent pour la femme.

Je consacre 100% de mon temps au soutien émotionnel et physique, à l’information et au plaidoyer. Quand il est dans la chambre le pro de santé fait en priorité du soin ‘médical’ : vérifie les équipements, monitoring, prend la tension, range et organise, documente le dossier médical sur l’ordi ou papier, organise les interventions et médicaments si nécessaire. Les études montrent qu’il ne lui reste que 12% de son temps pour ce soutien émotionnel et physique vital.

Je masse, j’encourage, je caresse, je parle, j’observe, … tous mes gestes sont des gestes d’amour. Car il en a peu (du temps), le pro de santé consacre souvent celui-ci aux gestes médicaux. Pour la mère ce touché peut être majoritairement désagréable : aiguille dans le bras, doigts dans le vagin, obligé de s’allonger pour le monitoring, … 🙁

Je suis indépendante. Oui, je respecte le conseil médical mais je vais aussi aider les clients à prendre des décisions informées. Le pro de santé est embauché par l’hôpital donc doit suivre ses régulations même si parfois il n’y est pas vraiment favorable! Oui il est là pour prendre soin des patients avant tout mais doit aussi suivre ce qui lui est demandé par l’institution. Une position parfois difficile comme on pu le témoigner des amies sages-femmes !

Je me base sur les préférences de naissance que la famille a établit en amont. Parfois le pro de santé se base sur son expérience quotidienne, qui on le sait en hôpital est généralement plutôt interventioniste. Dès lors, il arrive que certaines familles ne se sentent pas soutenues si leurs préférences diffèrent du système ‘classique’. Par exemple, comme j’ai pu le voir, en refusant de pratiquer une ‘césarienne centrée sur la famille’ alors qu’il n’y a pas d’urgence médicale juste parce que ‘Ici on ne fait pas ça / Je connais pas.

EVIDENCE-BASED : Une étude américaine montre qu’ à l’hôpital, dans un suivi classique, une sages-femme passe 31% du temps dans la chambre d’une patiente et 69% hors de la chambre. Trois études canadienne montrent que c’est 30 a 50% du temps dans la chambre d’une patiente et 50-70% de leur temps hors de la chambre. La France serait bien en ligne avec ces chiffres !

NB : Il est important de rappeler que cet article n’est pas du tout une critique des professionnels de santé qui pratiquent leur métier dans des conditions très difficiles. Je critique un système. De nombreux professionnels se sentent démunis face à ce système rigide et rêvent de pratiquer leurs professions dans d’autres conditions. J’en ai rencontré beaucoup dont des amis qui sont en souffrance professionnelle ! Les pros de santé courent de patiente en patiente, communiquent avec les autres membres de l’équipe, couvrent les collègues pendant les pauses, gèrent le service, … ils sont en sous-effectif et travaillent avec beaucoup de stress.

Mais … pour la famille, la réalité est là : on est un peu livré à soi-même!

Magnifique illustration du travail d’équipe lors d’un l’accouchement a domicile !! La doula qui aide debout avec le rebozo, la sage-femme accroupie qui accueille bébé , le conjoint qui soutient maman et l’assistante de la sage-femme qui prend les notes ! (photo @alanna_farmer)